Les achats font peu parler d’eux dans la presse de façon générale, illustration
du manque de connaissance pratique de l’opinion publique, et des journalistes,
sur l’importance qu’ont pris les acheteurs dans les entreprises. L’Usine
Nouvelle a publié 5 pages à leur propos dans son numéro 3231 du 17 au 21 mars
dernier. 5 pages, assez peu réjouissantes, à dire vrai sur les pratiques les
plus sombres de cette fonction clé de l’entreprise. Deux "nouveautés" sont
particulièrement pointées du doigt, le quick saving et l’autofacturation.
Rappelons juste que 65 % du chiffres d'affaires des entreprises passent dans
les mains des acheteurs, pour 1 millions de chiffres d'affaires, 650,000 € sont
dépensés... ce chiffre est une moyenne bien sur, mais très proche de la réalité
des entreprises. Comment est dépensé cet argent ? c'est la toute la
question...La lecture du rapport Volot liste 35 mauvaises pratiques, 35
!
Le quick saving, c’est le ticket d’entrée, ce n’est pas une nouveauté, ça ce
pratique depuis très longtemps, l’autre nom dans l’automobile :
« blood money » autrement dit, une sorte de rançon à payer par les
fournisseurs pour gagner ou garder du business avec leurs clients. Les
pratiques étaient souvent de faire une remise sur les affaires en cours pour
garder toutes les chances de gagner de nouveaux contrats. Rappelez-vous le
scandale de corruption massive des acheteurs de VW, Audi, et BMW en 2006 qui
ont conduit au départ du PDG de Faurécia. Jusqu’où aller pour
« sécuriser » son entreprise….Nous sommes au cœur du sujet, si
Faurecia a pu se permettre de payer pour son « développement commercial »,
est ce le cas de l’ensemble des sous traitants déjà soumis à rude épreuve
aujourd’hui ?
Du cost killing qui ne dit pas son nom, et c'est tellement plus joli en
anglais...
L’autofacturation a été une découverte pour moi, j’ignorai cette pratique
qui me semble totalement à l’opposé de tout ce qui semble raisonnable pour une
entreprise, en quelques mots, un client facture au nom de son fournisseur. En
gros, je travaille pour un client, qui va établir à ma place la facture pour ma
prestation, avec tous les risques que cela représente, et avec en plus une
facturation de ce « service ».
Ce qui choque le plus, c’est l’hypocrisie des directions des entreprises
citées dans l’article : Faurecia, Johnson Control, PSA.
La lecture de leur code d’éthique est intéressante, les cadeaux reviennent
toujours et sont toujours interdit, mais en l’occurrence, le quick saving n’est
il pas un cadeau ? bien sur pas à l’acheteur (quoique…), mais à
l’entreprise. Pourquoi tolérer au collectif ce qui est interdit à
l’individu ? Rappelons que tous les fournisseurs cités sont signataire du
pacte mondial. Le pacte mondial interdit toute pratique liée de prés ou de loin
à la corruption.
Les directions doivent aller regarder de plus prés à quel prix, souvent très
élevés pour leur sous traitants sont obtenues les économies qu’elles imposent à
leur service achats. Nous sommes encore très loin des achats durables, il ne
s’agit pas de mettre un code éthique en place pour résoudre le problème de fond
de la gouvernance des achats, et de la mesure de la performance des acheteurs.
Il faut ouvrir les yeux d'urgence sur les dépenses des entreprises !

