Les achats dans tous leurs états...

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Tag - Bonne pratique

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mercredi 16 novembre 2011

Achats durables ou achats Responsables ?



De plus en plus de discussion autour de la définition des achats durables, et toujours aussi peu d’actions concrètes dans les entreprises. Le prix reste toujours le moteur de décision des acheteurs.

Dans les communications sur la sémantique (tellement française!), il semble que le responsable l’emporterait sur le durable, mais l’achat solidaire est en embuscade, et l’éthique un peu en retrait. Le vrai risque de trop définir est de perdre l’essence même de l’approche, qui est purement un accès à la traçabilité de chaque produit acheté, en utilisant pour cela des outils qui aujourd’hui manquent ou restent inconnus des acheteurs dans les entreprises. Combien d’acheteur savent, en effet, décrypter les pictogrammes indiqués sur les emballages des feuilles A4 de la photocopieuse? Faites l’expérience, c’est édifiant. Bref, un peu à la française, la dialectique l’emportera sur le pratique. Dans le reste du monde, on parle de Sustainable Sourcing, c’est tout, c’est simple.
C’est bien, l’ensemble des achats qui doit être questionné, et profondément remis en cause. Responsable ? Alors donc le reste serait irresponsable, moins de 17 % des achats sont dits durables ou responsables lorsque les entreprises sont interrogées. Les acheteurs sont donc majoritairement irresponsables ? Difficile à croire, ils appliquent les politiques définies par leurs dirigeants, et donnent ce qu’il leur est demandé, alors ce sont les chefs d’entreprises qui sont irresponsables ? Non, vraiment je ne comprends pas cette notion moralisante. Les achats durables sont plus clairs dans leur lien avec l’homme et l’environnement. Et il y a du travail, nous ne sommes qu’au début de l’histoire, et il serait vraiment dommage de, déjà, transformer cette révolution en simple discussion marketing sur l’étiquetage durable ou responsable. Les directions d’achats restent à distance du changement à venir dans les achats car elles sont toujours dans la réduction des prix, faussement appelée réduction des couts, car si les comptes étaient bien faits dans les entreprises, la réduction des couts passeraient forcement par plus d’écologie.
Lu dans Le Monde il y a peu, «  les voyageurs encore frileux face aux éco-labels », et un article qui détaille les raisons économiques ayant poussé un hôtelier vers le durable : réduction des consommations de savons, déchets divisés par deux, réduction de la consommation d’eau, etc… et pourtant, la journaliste s’étonne de ne pas voir les prix augmenter, pourquoi les prix devraient augmenter ? non, les maintenir c’est bien, c’est même assez justifié vu les économies. L’investissement que constitue une certification est un investissement dans l’entreprise qui sera plus ou moins important selon la taille de l’entreprise et le type de certification choisie. Mais c’est un investissement, un projet d’entreprise qui sera porteur de développement, ce n’est pas un poids. Si les hôteliers réussissent à calculer des économies nettes, pourquoi pas dans les entreprises ? c’est un peu mystérieux, mais finalement pas tant que cela. Les achats sont organisés par catégorie, ou famille de produit. Celui qui achète l’électricité n’est pas celui qui est chargé d’en contrôler sa consommation. Autrement dit, l’acheteur est chargé de négocier les meilleurs conditions pour l’achat de l’électricité, et il le fera au mieux, mais dans le même temps, la production peut laisser des équipements en route en permanence pour gagner du temps de redémarrage le matin ou le lundi, et ceci sans ce demander combien cela coute en consommation. Les économies sont pourtant bien là, dans la consommation. La puissance des achats durables existe dés lors que les acheteurs deviennent comptables des actions menant à la recherche de réduction des consommations. Pourquoi chercher à acheter moins cher, quand il faut acheter mieux ?

vendredi 21 octobre 2011

METAUX, ACHATS ET VOCABULAIRE


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/// J’ai assisté la semaine passée à une journée de conférences de l’Usine Nouvelle sur les métaux. Les conférenciers étaient très inégaux mais la journée était intéressante pour qui souhaitait mieux comprendre les achats de métaux, et notamment les métaux rares comme les terres rares.

Quelques détails sur 3 approches : Offtake, Tolling et Hedging :

Le vocabulaire tout d’abord, toujours très anglais dés qu’il s’agit des achats, avec des notions très spécifiques comme les contrats « OffTake » mentionnés pour les terres rares. Un contrat OffTake, c’est un accord passé entre un producteur de ressource, et un acheteur de cette ressource, d’acheter et de vendre la future production du producteur. Normalement un contrat OffTake est négocié avant les constructions ou l’aménagement des sites d’extraction des matières. Comme dans l’exemple de cette annonce d’accord de la société Avanti pour l’extraction d’oxyde de molybdene (http://www.avantimining.com/s/NewsReleases.asp?ReportID=423863&_Title=Avanti-Mining-Announces-Off-Take-Agreement-Commitment-and-a-Partnership-Let... ). Cet accord décrit clairement une partie de l’accord, le financeur s’engage à acheter 10 à 20% des quantités produites et dans le même temps finance une partie de l’installation, les contrats offtake ont été mentionnés à plusieurs reprises dans durant les interventions, notamment pour les terres rares.

Une autre expression mentionnée : le tolling. Le tolling agreement, serait le traitement d’une matière par un tiers rémunéré pour ce service. La traduction serait le travail à façon, un exemple simple, fournir de l’or à un orfèvre pour faire réaliser un bijou…

Enfin, le Hedging, intéressant à considérer quand on vit des incertitudes des variations de prix des matières comme nous le vivons en ce moment. Il s’agit de neutraliser les risques lors d’une transaction, en transférant le risque à son client. Par exemple, un client confie une commande importante, dont un des composants clés est le cuivre. Sur ce cuivre, le client peut accepter une clause de révision de prix, ou de geler le prix de la matière au niveau exact que paiera le fournisseur le jour de l’accord. Le fournisseur, de fait, peut acheter le cuivre, sans prendre le moindre risque. C’est le hedging, dans les grandes lignes, et cela permet de sortir de spéculation risquée sur des matières sur lesquels nous n’avons pas de visibilité.Voir l'info ici
La journée a débutée sur un constat : seulement 8% des entreprises reporteraient aujourd’hui les hausses matières sur leurs clients. Les acheteurs feraient donc mieux leur travail dans les grandes entreprises en refusant l’évidence des hausses matières ? Quels sont les arguments à mettre en évidence pour transférer le poids de ces hausses ? Les refus de hausse, quelles implications pour les fournisseurs et sous traitant ? Est ce qu’il ne s’agit que de négligence de la part des vendeurs qui oublient de facturer les hausses ? Malheureusement, aucune de ces questions n’a été traitée, mais des points intéressants sont ressortis de cette journée. Tout d’abord, une présentation de François Loos, ancien ministre 2005-2007 et actuel député du Bas Rhin, qui détaille la fin de 3 utopies : la fin de la croissance sans fin, Le libre échange qui est limité par des oligopoles puissants, organisant des pénuries pour mieux augmenter ou préserver leurs marges et par l’accès aux matières premières qui a remis en scène la diplomatie des états pour les matières première, la troisième utopie effondrée est celle de l’intérêt général porté par les états allant libérer d’autres états mais qui souhaitent ensuite rafler tous les marchés…

Intéressante aussi sa lecture des réponses mises en place par les entreprises, j’en ai retenu deux : le bouc émissaire et l’exportation des contraintes, on pourrait même dire l’externalisation ou l’outsourcing des contraintes en langages d’acheteur…

Le bouc émissaire ? La Chine bien sur, monstre inventé par les mêmes entreprises qui n’hésitent pas, pour réduire les prix à le faire croitre, et à qui, par les transferts de technologies, brillamment imposés par le gouvernement chinois, de très nombreux savoir ont été donnés. La Chine a été dans toutes les présentations qui ont ponctuées la journée. Le cas le plus éloquent a été les terres rares évoquées par Rhodia. Les terres rares sont dans tous les produits électroniques, la production mondiale n’excède pas 250 tonnes par an, et les quantités utilisés dans un téléphone ou une télé sont infinitésimales. Mais c’est une guerre désormais qui est déclarée ; la Chine livre au monde 97 % de ses besoins en terre rare, et ce n’est pas parce que son sol est plus riche qu’ailleurs, non, c’est seulement le fruit de décision de sourcing qui se sont concentrées en Chine parce que les terres rares y étaient vendues moins chères… sauf que la Chine a mis en place des quotas, et qu’elle a divisé par deux sa volonté de vendre ces composés. La traduction immédiate, des hausses de prix atteignant 100 %... mais les quotas, n’ont pas simplement été mis pour plus de revenus, non, la moitié des terres rares provenaient de mines artisanales, ou illégales exploitées hors de toute volonté de protection environnementales, et oui, en Chine aussi, l’environnement peut être protégé. Comment tous ses acheteurs de terre rare pouvaient ils cautionner cette mise en danger ? Apparemment, c’était bien le cadet de leur soucis. Avec la hausse des prix, rassurons nous, il va devenir moins cher de les produire ailleurs…

L’exportation des contraintes ? Tout simple, le mur vert mis en place en Europe (Reach, ROHS, Taxe carbone, recyclage) ça coute plus cher que de ne pas le payer du tout, c’est pourtant exactement les stratégies suivies par de très nombreux acheteurs, sans en être forcément conscient ? peut être, mais évidemment, tous les investissements de mise au norme, de traitement des déchets, des effluents, etc… ne sont supportés que dans les pays qui les imposent, or quand une PME française est brutalement mise en concurrence avec son équivalent Chinois, la différence des prix a une raison qui n’est jamais chiffrée par les acheteurs, qui cautionnent donc les conditions de travail inacceptables pour nous, ou les pollutions que nous ne voulons plus chez nous. NIMBY, c’est l’acronyme qui devrait accrocher le plus notre attention : « pas dans mon jardin », ailleurs la pollution, ailleurs l’exploitation, ailleurs, mais surtout, toujours moins cher….

Eclairage intéressant sur les besoins actuels et à venir en Chine, le taux actuel d’urbanisation est d’environ 50 %, il devrait à terme atteindre 80 a 90 %. Les mètres carrés par habitant sont actuellement de 12 à 13 m2, ils passeront progressivement aux standards occidentaux de 35 m2, c’est donc en grande partie, l’urbanisation qui pèse sur les cours de l’acier, et pour longtemps. La plupart du minerai part en Chine (60 % du minerai de base Seaborne). A souligner également le manque d’ambition quant au recyclage des ferrailles, partant pour les plus gros volumes en Turquie, plus gros recycleur de matière ferreuse dans le monde !

jeudi 18 août 2011

Acheter du textile plus responsable

C’est la lecture d’un article de l'excellent magazine Terra Eco « 80 % des textiles polyester français sont recyclés… au Japon », qui m’a donné envie d’en savoir plus sur le recyclage des textiles. Et j’ai découvert un label vraiment intéressant : Altertex. Lancé il y a un an et demi, ce label est le fruit d’une réflexion pragmatique de son créateur Eric Boel: pourquoi les ventes de textiles éthiques ne décollent elles pas ? En effet, si 35 % des ménages souhaitent acheter des vêtements plus vertueux, ce créneau de marché ne représente que 1.5 % des ventes, autant dire rien ou presque. Les freins les plus importants : un design laissant à désirer, peu d’offres, et trop cher. C’est dur ce dernier freins qu’Altertex a démarré, pourquoi le bio, ou les produits recyclés devraient toujours couter cher ? les empilements de marges de tous les intermédiaires tuent le marché, et un des engagements pris par les signataires de la charte (actuellement autour de 50 entreprises) est d’indiquer les surcouts « durables » (coton Bio par exemple) sera isolé en pied de facture et ne sera pas margé.

Un travail est en cours au sein de cette structure pour organiser la garantie de traçabilité des engagements pris, car il s’agit aujourd’hui d’une autodéclaration non verifiée par un tiers indépendant. Le dirigeant est clair sur ce point, il a délibérément choisi d’agir en mettant ce label en action avant de sécuriser la vérification, car il n’y a pas de temps à perdre sur le sujet…

Le textile, c’est aussi la communication extérieure sur bâche, ou les stands parapluies, une société, Capoverdé a choisi d’adhérer à cette charte pour justement offrir à ses clients une communication plus responsable. Pour en savoir plus sur le label : http://www.altertex.fr/ De façon plus générale, on peut faire autrement qu’acheter les vêtements de travail en provenance de Chine (le made in China est maintenant remplacer par made in PRC : Popular Republic of China), il reste peu de fabricant en France et en Europe, mais il en reste. Ils permettent une approche plus proche des véritables besoins des entreprises, et permettent l’achat de vêtements plus résistant, plus confortables aussi. Aucune fatalité dans la baisse de qualité que nous constatons tous dans les vêtements, elle ne reflète que nos demandes de prix les moins chers et qu’une volonté d’accroissement des marges grâce à des couts toujours plus faibles. La tendance sur ce dernier point devrait pourtant s’inverser, car les pays à bas couts sont aussi en train de découvrir l’inflation et les hausses de salaires…

mardi 24 mai 2011

Nouvelle clause dans les CGA : la clause de médiation

Ayant encore à l’esprit le rapport très sombre du médiateur de la sous traitance, je suis allée à une table ronde sur la médiation à Metz, à laquelle participait le médiateur régional de la Direccte, le délégué général de la CDAF, le responsable des achats est du groupe Eiffage, et le médiateur de la CMIM (Centre de Médiation Interentreprises de la Moselle).
Le principe de la médiation est simple : éviter les tribunaux et trouver des solutions satisfaisantes pour les deux parties à moindre frais. Leurs approches confirment, tout d’abord, la tendance de recours de plus en plus fréquents de la part des sous traitants envers leurs donneurs d’ordre devant des situations tendues liées à des retards de paiement, des ruptures de contrats, des litiges liés aux transferts de propriété, clauses abusives, mais aussi refus de livraison…
Le médiateur de la Direccte, Jean Claude Robert, est en place depuis juin 2010, et à l’origine pour les conflits de sous traitance automobile. Il traite néanmoins des litiges dans tous les domaines de l’industrie, et des services… Les approches de médiation sont vraiment dépendante des hommes ou des femmes en place, ils doivent avoir été formé à la médiation, car la gestion des conflits ne s’improvisent pas, et d’une région à l’autre, le recours à la médiation est donc très divers. L’approche du médiateur de Lorraine est vraiment séduisante, car il revient à des fondamentaux qui font du bien : le contact téléphonique pour remettre du lien vivant dans les échanges, et le secret donnant confiance dans les relations. Au passage, le compte rendu qu’il écrit à l’issue de la procédure à valeur de contrat…sur 43 saisies depuis juin, 1 seul échec.
Il a dressé un constat assez amer sur les conditions générales d’achats, qui, à force d’avoir été lues, écrites, et réécrites par les juristes, sont devenues incompréhensibles pour le commun des employés. Sa recommandation, revenir à des choses simples dans l’écriture des CGA. L’ajout d’une clause de médiation est vraiment à recommander, d’une part car elle encourage une résolution intelligente et sans violence d’une différent commercial, et d'autre part, car elle place l’acheteur dans une position plutôt positive vis-à-vis des ses fournisseurs ou sous traitants. Je lui ai demandé si la centralisation des services achats posait un problème dans le traitement du litige, il m’a dit qu’effectivement, l’identification des acteurs, et leur disponibilité, au moins au téléphone, pouvait être un problème. Les médiations sont menées la plupart du temps avec le directeur des achats et le chef d’entreprise, il semble que les directions des achats, ou les chefs d’entreprise, découvrent à cette occasion les pratiques de leurs acheteurs. Ce dernier point est très intéressant, cela revient à dire que les directions ne soutiendront pas toujours leur acheteur en cas de conflit, et que donc, les initiatives personnelles pour atteindre les objectifs à tous prix sont peu recommandées. Cela veut également dire, que les directions sont souvent ignorantes des vraies pratiques dans leurs entreprises, plus proche d’une position d’autruche d’ailleurs, car imposer des objectifs durs nécessite le recours à des pratiques dures. Durant cette table ronde, j’ai d’ailleurs entendu que le « bras gauche ignorait parfois ce que faisant le bras droit » dés qu’il s’agit de grandes entreprises et donc de diffusion de pratiques. une relecture des CGA s’impose, et l’ajout d’une clause de médiation aussi…la formation des acheteurs n'est pas un luxe non plus.

vendredi 21 janvier 2011

LES CONFLITS D’INTERETS DANS LES ACHATS

C’est une tarte à la crème, mais les intérêts croisés n’ont jamais favorisés la transparence, l’impartialité et la liberté d’actions dans les achats comme dans toute autre activité. Un conflit d’intérêt c’est quoi ? Voilà la définition de Transparency International : « Un conflit d'intérêts naît d'une situation dans laquelle une personne employée par un organisme public ou privé possède, à titre privé, des intérêts qui pourraient influer ou paraître influer sur la manière dont elle s'acquitte de ses fonctions et des responsabilités qui lui ont été confiées par cet organisme ». (Service central de prévention de la corruption, Rapport 2004).

Les conflits d’intérêt sont traqués par les entreprises, notamment anglo-saxonnes, qui font souvent signer des engagements écrits de déclaration de conflit d’intérêt : un époux travaillant chez un client ou un sous traitant par exemple. C’est une base importante de l’éthique dans la réalisation de son travail. Le scandale actuel des médicaments a illustré un mal français ( ?) de manque de transparence dans les relations entre laboratoires et médecins. La loi obligeant les médecins à déclarer leurs conflits date de 2002, le décret d’application date lui de 2007… Pour mieux comprendre les implications des conflits d’intérêts je vous invite à regarder une présentation des « Rencontres Prescrire » datant de 2008 sur cette loi justement lien ici

Le médecin est un prescripteur, combien de prescripteurs vous entourent dans votre entourage d’acheteur : chef d’atelier, ingénieur, utilisateurs des produits,….tout autant de sources à ne pas négliger lorsque son travail est en jeu. J’ai récemment échangé avec un fournisseur désarmé qui après avoir été retenu dans le cadre d’un appel d’offres, se trouvait rejeté par les utilisateurs du produit dans les ateliers. Il ne comprenait pas et, pourtant, tout avait été mis en œuvre par l’acheteur (tout aussi désarmé) au préalable : des essais notamment, qui avaient été concluant. Les conflits d’intérêts peuvent être à l’origine de ses problèmes, les petites habitudes, ou les cadeaux, les conflits d’intérêts sont très difficiles à mettre à jour, si la direction de l’entreprise n’impose pas une attitude claire. On peut toujours critiquer la naïveté qui se cache dans la signature d’une déclaration écrite, mais n’est il pas plus naïf encore que de compter sur l’éthique personnelle ?

Martin Hirsch a brisé un tabou en écrivant son ouvrage, et en mettant sur la place publique ce sujet si important des conflits d’intérêts dans la sphère politique. C’est bien la transparence qui transforme les démocraties en grande démocratie. Travailler le sujet des conflits d’intérêts dans les entreprises est rarement entrepris et pourtant, il donnerait toute sa place et son sens à l’importance de l’éthique dans son travail.

jeudi 9 décembre 2010

Sport et développement durable, deux événements, deux modèles.

Nous avons appris la semaine dernière que le Qatar était donc sélectionné pour organiser la coupe de monde de foot en 2022. C’est purement incompréhensible, et ceci à tous les niveaux, y compris au niveau du soutien apporté par Yan Arthus Bertrand à ce projet Qatar 2022. Les dépenses, donc les achats induis par cette coupe du monde peuvent ils être responsables ? difficile à imager, et voici pourquoi :

Pour la construction des infrastructures : Extrait du rapport de Septembre 2009, sur les Droits de l’Homme d’Alkarama (équivalent d’Amnesty pour le Moyen Orient). « Trois quarts de la population du Qatar sont des travailleurs immigrés en provenance du Pakistan, de l'Inde, du Népal, du Bangladesh, des Philippines, de l'Indonésie, mais aussi du Soudan, de l'Egypte et de la Syrie, etc. Le plus grand nombre travaille dans le secteur de la construction. Les conditions de travail sont très difficiles. Les candidats doivent au préalable verser une somme au recruteur pour lequel ils s’engagent à travailler environ un an pour pouvoir rembourser l'emprunt contracté. Ils disposent de contrats de travail de trois ans.(7) Ils sont, de par le système de parrainage instauré, à la merci de leurs employeurs, dont certains les exploitent, les menacent de détention, les sous-paient, leur confisquent leurs documents de voyages, les privent de leur salaire, leur interdisent de démissionner ou de changer de travail et de quitter le pays sans autorisation, etc. Ces travailleurs vivent dans des conditions d’hébergement déplorables et ne bénéficient pas d’une couverture sociale adéquate. »

Pour le développement durable :

-Une consommation d’énergie démesurée ne serait ce que pour réfrigérer tous les stades. C’est juste incroyable.

-Des consommations d'eau qui seront à la démesure de cet évènement, à l'heure où tant d'hommes et de femmes en manque justement,

-Les déplacements des équipes et des supporters qui ne se feront que par avion, et qui ne seront surement pas compensés par la présence rapprochée des stades une fois arrivé.

Pour l'éthique :Les soupçons de corruption dans cette organisation sont importants (relevés par la BBC très récemment) et une rumeur très largement reprise mais invérifiable circule sur le montant que Zidane aurait reçu pour défendre cette candidature : 15 millions de $.... c’est loin de toute éthique, base de la RSE.
Que dire du soutien de Yan Arthus Bertrand ? il défend son point de vue ici mais l’ensemble reste vraiment hors de toute logique.

Heureusement, Londres nous montre un chemin beaucoup plus positif avec l’organisation des JO. Le « Sourcing Code » est juste et complet (il est disponible ici ) et démontre que l’on peut sans rougir aimer le sport et avoir un réel positionnement éthique et environnemental. A lire sans modération.

jeudi 16 septembre 2010

Décisions Durables : Transport et émissions carbonées

Mon dernier article est en parution ce mois ci dans le magazine Décisions Durables. La rubrique achats n'est pas passée inaperçue, voyez plutôt :

Lu sur Cdurable.info : Décisions durables N°4 - SEPTEMBRE 2010 Mobilité, la fin d’une époque.jeudi 16 septembre 2010 - Posté par David Naulin, Cdurable.
"Ce mois-ci, Décisions durables consacre un dossier spécial aux véhicules électriques. Propre, silencieuse, économe, autonome et rapide juste ce qu’il faut… la voiture électrique, encore très discrète il y a à peine 5 ans, retient aujourd’hui l’attention des grands constructeurs automobiles. Suivez le guide ! Le magazine du management durable propose également une grande enquête à Strasbourg. La capitale alsacienne, pionnière des transports alternatifs et de l’« intermodalité », peine à réduire le trafic automobile et la pollution atmosphérique. Les pouvoirs publics persévèrent dans leur recherche de nouvelles solutions. Lisez aussi l’interview de Geneviève Ferone. La directrice du développement durable de Veolia environnement évoque la création d’une 3e voie entrepreneuriale, entre business conventionnel et non-profit. Enfin la rubrique "achats" revient sur l’acheminement des produits, et la prise en compte d’un troisième critère devant s’ajouter à ceux de la rapidité et du coût : les émissions de carbone.

Edito : Bougez plus, pensez mieux ! Par Alain Grumberg, rédacteur en chef de Décisions durables
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"La mobilité est un des enjeux majeurs du développement durable parce que la vie ne saurait s’en passer. Tout bouge sur cette planète où les lieux de fabrication des marchandises, les lieux de vacances, les lieux de travail sont souvent éloignés (tout est question d’échelle) des lieux de consommation et de résidence. Se déplacer, transporter, acheminer, voyager... tout ceci n’est évidemment pas anodin à l’heure où le réchauffement climatique nous menace. Chacun de nous par ses activités professionnelles et personnelles laisse une empreinte et, à sa façon, contribue à produire des gaz à effets de serre. Bien loin de nous la volonté de culpabiliser. Dans ce 4ème numéro, nous avons voulu sensibiliser nos lecteurs au fait que chaque moment de l’entreprise, de la collectivité territoriale ou de toute autre organisation a une incidence sur notre environnement : moyens de transports utilisés pour parvenir et partir de son lieu de travail, achats, production, consommation d’eau et sources d’énergies, emballages. La prise en compte de tous ces éléments est complexe mais le développement durable, qui impose une approche transversale - voire circulaire - de nos activités est à ce prix. Lisez donc l’interview de Geneviève Ferone, directrice du développement durable de Veolia. En filigrane, elle dit :
que la construction d’une troisième voie, fondée en partie sur des valeurs plus durables, sera laborieuse (au sens d’efforts à produire) et se fera lentement. Le temps est une donnée incontournable. les crises ne sont que le reflet de sociétés qui n’ont pas su évoluer harmonieusement.
que l’innovation, tant prônée par le géant de l’environnement, repose sur une autre forme de mobilité... intelligente et créative.
Bougez plus vos cellules ! Pensez mieux. une des marques de l’intelligence est, à mes yeux, la capacité de porter un regard décentré sur l’existant pour le transformer, l’améliorer et ainsi contribuer à un meilleur toujours en chantier."
Numéro disponible en kiosque depuis le 16 septembre au prix de 5,90 € ou par abonnement sur le site du magazine en cliquant ici

mercredi 23 juin 2010

Achats Durables, le nouveau frisson

Nous assistons à une révolution dans les services achats de toutes les grandes entreprises depuis quelques temps. Cette révolution reste discrète mais va transformer les achats, et les acheteurs en profondeurs. Avant d’être austère et sérieuse, la fonction achat a connu une période de grands frissons, dans les années 80, années fastes. Les réductions de prix, les avantages, cadeaux, et autres étaient toujours au rendez vous d’une négociation. Mais le grand frisson a progressivement disparu et les réductions s’arrachent au prix d’échanges de plus en plus douloureux avec les fournisseurs : la réduction du sacro saint panel, les achats lointains plus connu sous l’acronyme des LCC*, une qualité douteuse parfois, des marchés vendus au prix de la seul matière parfois. Nous avons de bons acheteur-soldats, qui sont, pour certains, de plus en plus déchirés entre les exigences de leur poste, leur sensibilité, et la réalité des difficultés rencontrés par les fournisseurs. Il y a une déconnexion complète entre les décisions, leur résultat et leurs effets directs ou secondaires…Impossible de ne pas trouver de corrélation entre les politiques d’achats des entreprises et la désindustrialisation de nos pays dits HCC, High Cost Country, trop cher quoi.

Ces nouvelles démarches pionnières d’achats responsables vont faire bouger les lignes des négociations classiques. Il n’est plus question de répéter à l’envi à tous ces fournisseurs qu’ils sont « trop chers », mais de réfléchir sereinement à ses propres attentes d’une relation avec le fournisseur. Ils sont précieux pour l’entreprise et sources de développement de performances.

Si vous devez acheter du bois exotique, une approche simple consiste à rechercher des bois exotiques sans plus de questions. Près de 40 % des bois exotiques en France sont d’origines illégales (source WWF), alors acheter sans plus se poser de question c’est prendre le risque d’acheter un produit précieux, coupé illégalement, dans des conditions humaines difficiles, etc…

Une deuxième approche est de rechercher des bois exotiques certifiés (FSC par exemple), qui ne proviennent pas de coupes illégales. Mais ce bois va tout de même parcourir la moitié du globe pour parvenir à bon port. Le positionnement écologique a le mérite d’être plus clair (au transport prés).

Une troisième approche plus durable, ou responsable, pour ce même bois, va plutôt consister à se pencher, avec les utilisateurs, sur l’utilisation finale du produit. L’acheteur pourra alors chercher, et proposer des alternatives locales, crédibles et rentables qui ne manquent plus, comme les bois d’acacia par exemple. Car pourquoi acheter du bois exotique quand le besoin consiste en un bois imputrescible seulement ? Toutefois, ces nouvelles filières se « méritent », il faut apprendre le développement durable, il faut questionner, chercher, persévérer. Et, le nouveau frisson est là. La connaissance aiguise toujours l’appétit de mieux faire. Alors subir ou entreprendre ?

Nous avons pu voir un reportage** il y a quelques semaine, sur les ravages de la déforestation sur l’ile de Sumatra par les papetiers était assez éloquente à ce titre. L’acheteur de Carrefour Asie interviewé semblait bien connaitre la situation de l’île, et notamment de la disparition de la jungle et des tigres. Remet-il en question son positionnement ou son sourcing ? Non, pas au moment du reportage, car pour lui, cette déforestation et la disparition des tigres étaient inéluctables. Un des papetiers mis en cause dans ce reportage : Asia Pulp & Paper (APP) est un fournisseur important de l’enseigne Carrefour en Asie. Après ce reportage, j’ai voulu en savoir plus sur APP, et une simple recherche a abouti sur l’enseigne Staples, le géant des fournitures de bureau américain, qui a stoppé toute relation depuis 2008 avec APP, à cause de ses possibles implications dans cette déforestation massive. 2 organisations achats, et 2 positionnements. L’une sur un mode d’achat traditionnel pensant devoir subir les impacts environnementaux directs sans pouvoir influencer, et l’autre déjà sur un nouveau mode : en connexion avec les enjeux environnementaux, et conscient des impacts désastreux sur leur image.

Entreprendre dans le domaine des achats responsables, positionne les organisations sur un mode volontaire, et positif face à tous ses nouveaux enjeux. Les hommes et les femmes qui composent les rangs de plus en plus nombreux des acheteurs, vont pouvoir cesser cette schizophrénie si particulière qui consiste à cacher ses sensibilités propres de citoyen et d’humain conscient de ses impacts, pour mener à bien, contre ses mêmes principes, cette fonction clé de l’entreprise : acheteur. Il est permis de mieux faire, alors allons y !

  • LCC Low Cost Country
    • La vengeance du tigre. Un reportage de Guillaume Martin et Cyril Payen agence Keepshooting.

Article rédigé par Sandrine Grumberg et publié dans Décisions Durables N°3.

jeudi 27 mai 2010

Un monde parfait : 80% des entreprises choisissent des fournisseurs sur des critères RSE !

Cette information est reprise sur le site du Medef (lien ici ) et concerne bien évidemment les entreprises du CAC 40.
La référence est une étude menée par Orse en 2009, (lien de l’étude ici ).
A lire le compte rendu de l’étude, le monde parfait qui nous entoure, et les grandes entreprises qui le remplissent indiquent que « 80 % des entreprises déclarent juger leurs fournisseurs sur des critères RSE, le plus souvent à l’aide d’un questionnaire d’auto évaluation. 85 % des entreprises ont introduit des clauses RSE dans leurs contrats et certaines entreprises industrielles exigent également une certification. 60 % des entreprises ont engagé un programme d’audits fournisseurs. Plus de la moitié des entreprises publient un indicateur chiffré de mesure de la performance de leurs politiques d’achats et 60 % s’engagent sur des objectifs annuels ou pluriannuels ».
planet_paper.jpg J’aimerai y croire, mais au-delà des chiffres, les achats responsables sont encore très loin d’être une réalité pour l’ensemble des entreprises.
Quelques mots sur la réalisation de l’étude pour bien comprendre l’origine de ces chiffres : elle a été réalisée sur la base des publications environnementales de ces grandes sociétés. Les données datent de 2008, car la plupart des rapports 2009 ne sont pas encore accessibles. Cette étude s’est entièrement basée sur la lecture des communications et non sur un audit, ce qui explique évidemment les excellents chiffres mentionnés au début de cet article.

Ces publications sont le fruit d’une obligation de la loi NRE qui oblige, depuis 2004, les sociétés cotées à publier leurs actions en matière de RSE (Responsabilité Sociale de l’Entreprise).Les sociétés ont peiné à publier leurs rapports les premières années, mais elles ont rapidement compris l’importance et la puissance de cette communication auprès du grand public, et des investisseurs. La lecture des rapports est importante car ils démontrent tout de même l’intérêt porté à la RSE, ou au moins à sa partie environnementale, et les initiatives sont variées et vraiment pleine d'intérêts.
Les critères servant à sélectionner les offres, et les fournisseurs se limitent très souvent leur engagement dans la certification ISO 14001, et dans la lutte contre le travail des enfants dans les pays à bas coûts. Les achats durables, ou responsables, n’en sont qu’à leur enfance, ils grandiront vite, car l’éthique et l’environnement sont les prochaines vraies révolutions à venir.

lundi 26 avril 2010

Les achats sortent de leur tour d'ivoire

Lorsque "les achats" communiquent c'est souvent dans les magazines plutôt spécialisés comme La Lettre des achats ou Decisions Achats. Et lorsque la rédaction du nouveau magazine Décisions Durables (lien ici) m'a proposé d'écrire sur les achats responsables dans un magazine BtoB j'ai dit oui évidemment. L'échange transverse avec un public non forcément acheteur m'a passionné. Je souhaite décloisonner les achats, les mettre en lumière pour révéler les bonnes et les mauvaises pratiques. Les conséquences des décisions prises par les directions des achats ont des impacts importants dans les entreprises, les fournisseurs, qui pourront décider ou non d'investir, d'embaucher, de délocaliser ...
Déjà 2 numéros, les thèmes doivent être précis, la vocation du mag est de donner des outils à leurs lecteurs.Les premiers sujets traités parlent d'Emas, du papier, de l'écologie au bureau, mode d'emploi des achats responsables, les labels des mobiliers de bureaux...
En plus des achats, ce magazine traite de très nombreux autres sujets, tous liés au développement durable. Découvrez le, le prochain numéro : en Mai....

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