METAUX, ACHATS ET VOCABULAIRE
Par Sandrine Grumberg le vendredi 21 octobre 2011, 16:42 - Réduction de couts - Lien permanent
- ///
/// J’ai assisté la semaine passée à une journée de conférences de l’Usine
Nouvelle sur les métaux. Les conférenciers étaient très inégaux mais la journée
était intéressante pour qui souhaitait mieux comprendre les achats de métaux,
et notamment les métaux rares comme les terres rares.
Quelques détails sur 3 approches : Offtake, Tolling et
Hedging :
Le vocabulaire tout d’abord, toujours très anglais dés qu’il s’agit des
achats, avec des notions très spécifiques comme les contrats
« OffTake » mentionnés pour les terres rares. Un
contrat OffTake, c’est un accord passé entre un producteur de ressource, et un
acheteur de cette ressource, d’acheter et de vendre la future production du
producteur. Normalement un contrat OffTake est négocié avant les constructions
ou l’aménagement des sites d’extraction des matières. Comme dans l’exemple de
cette annonce d’accord de la société Avanti pour l’extraction d’oxyde de
molybdene
(http://www.avantimining.com/s/NewsReleases.asp?ReportID=423863&_Title=Avanti-Mining-Announces-Off-Take-Agreement-Commitment-and-a-Partnership-Let...
). Cet accord décrit clairement une partie de l’accord, le financeur s’engage à
acheter 10 à 20% des quantités produites et dans le même temps finance une
partie de l’installation, les contrats offtake ont été mentionnés à plusieurs
reprises dans durant les interventions, notamment pour les terres
rares.
Une autre expression mentionnée : le tolling. Le
tolling agreement, serait le traitement d’une matière par un tiers rémunéré
pour ce service. La traduction serait le travail à façon, un exemple simple,
fournir de l’or à un orfèvre pour faire réaliser un bijou…
Enfin, le Hedging, intéressant à considérer quand on vit
des incertitudes des variations de prix des matières comme nous le vivons en ce
moment. Il s’agit de neutraliser les risques lors d’une transaction, en
transférant le risque à son client. Par exemple, un client confie une commande
importante, dont un des composants clés est le cuivre. Sur ce cuivre, le client
peut accepter une clause de révision de prix, ou de geler le prix de la matière
au niveau exact que paiera le fournisseur le jour de l’accord. Le fournisseur,
de fait, peut acheter le cuivre, sans prendre le moindre risque. C’est le
hedging, dans les grandes lignes, et cela permet de sortir de spéculation
risquée sur des matières sur lesquels nous n’avons pas de visibilité.Voir
l'info
ici
La journée a débutée sur un constat : seulement 8% des entreprises
reporteraient aujourd’hui les hausses matières sur leurs clients. Les acheteurs
feraient donc mieux leur travail dans les grandes entreprises en refusant
l’évidence des hausses matières ? Quels sont les arguments à mettre en
évidence pour transférer le poids de ces hausses ? Les refus de hausse,
quelles implications pour les fournisseurs et sous traitant ? Est ce qu’il
ne s’agit que de négligence de la part des vendeurs qui oublient de facturer
les hausses ? Malheureusement, aucune de ces questions n’a été traitée,
mais des points intéressants sont ressortis de cette journée. Tout d’abord, une
présentation de François Loos, ancien ministre 2005-2007 et actuel député du
Bas Rhin, qui détaille la fin de 3 utopies : la fin de la croissance sans
fin, Le libre échange qui est limité par des oligopoles puissants, organisant
des pénuries pour mieux augmenter ou préserver leurs marges et par l’accès aux
matières premières qui a remis en scène la diplomatie des états pour les
matières première, la troisième utopie effondrée est celle de l’intérêt général
porté par les états allant libérer d’autres états mais qui souhaitent ensuite
rafler tous les marchés…
Intéressante aussi sa lecture des réponses mises en place par les
entreprises, j’en ai retenu deux : le bouc émissaire et
l’exportation des contraintes, on pourrait même dire
l’externalisation ou l’outsourcing des contraintes en langages
d’acheteur…
Le bouc émissaire ? La Chine bien sur, monstre inventé par les mêmes
entreprises qui n’hésitent pas, pour réduire les prix à le faire croitre, et à
qui, par les transferts de technologies, brillamment imposés par le
gouvernement chinois, de très nombreux savoir ont été donnés. La Chine a été
dans toutes les présentations qui ont ponctuées la journée. Le cas le plus
éloquent a été les terres rares évoquées par Rhodia. Les terres rares sont dans
tous les produits électroniques, la production mondiale n’excède pas 250 tonnes
par an, et les quantités utilisés dans un téléphone ou une télé sont
infinitésimales. Mais c’est une guerre désormais qui est déclarée ; la
Chine livre au monde 97 % de ses besoins en terre rare, et ce n’est pas parce
que son sol est plus riche qu’ailleurs, non, c’est seulement le fruit de
décision de sourcing qui se sont concentrées en Chine parce que les terres
rares y étaient vendues moins chères… sauf que la Chine a mis en place des
quotas, et qu’elle a divisé par deux sa volonté de vendre ces composés. La
traduction immédiate, des hausses de prix atteignant 100 %... mais les quotas,
n’ont pas simplement été mis pour plus de revenus, non, la moitié des terres
rares provenaient de mines artisanales, ou illégales exploitées hors de toute
volonté de protection environnementales, et oui, en Chine aussi,
l’environnement peut être protégé. Comment tous ses acheteurs de terre rare
pouvaient ils cautionner cette mise en danger ? Apparemment, c’était bien
le cadet de leur soucis. Avec la hausse des prix, rassurons nous, il va devenir
moins cher de les produire ailleurs…
L’exportation des contraintes ? Tout simple, le mur vert mis en place
en Europe (Reach, ROHS, Taxe carbone, recyclage) ça coute plus cher que de ne
pas le payer du tout, c’est pourtant exactement les stratégies suivies par de
très nombreux acheteurs, sans en être forcément conscient ? peut être,
mais évidemment, tous les investissements de mise au norme, de traitement des
déchets, des effluents, etc… ne sont supportés que dans les pays qui les
imposent, or quand une PME française est brutalement mise en concurrence avec
son équivalent Chinois, la différence des prix a une raison qui n’est jamais
chiffrée par les acheteurs, qui cautionnent donc les conditions de travail
inacceptables pour nous, ou les pollutions que nous ne voulons plus chez nous.
NIMBY, c’est l’acronyme qui devrait accrocher le plus notre attention :
« pas dans mon jardin », ailleurs la pollution, ailleurs l’exploitation,
ailleurs, mais surtout, toujours moins cher….
Eclairage intéressant sur les besoins actuels et à venir en Chine, le taux actuel d’urbanisation est d’environ 50 %, il devrait à terme atteindre 80 a 90 %. Les mètres carrés par habitant sont actuellement de 12 à 13 m2, ils passeront progressivement aux standards occidentaux de 35 m2, c’est donc en grande partie, l’urbanisation qui pèse sur les cours de l’acier, et pour longtemps. La plupart du minerai part en Chine (60 % du minerai de base Seaborne). A souligner également le manque d’ambition quant au recyclage des ferrailles, partant pour les plus gros volumes en Turquie, plus gros recycleur de matière ferreuse dans le monde !

