Les achats dans tous leurs états...

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vendredi 21 janvier 2011

LES CONFLITS D’INTERETS DANS LES ACHATS

C’est une tarte à la crème, mais les intérêts croisés n’ont jamais favorisés la transparence, l’impartialité et la liberté d’actions dans les achats comme dans toute autre activité. Un conflit d’intérêt c’est quoi ? Voilà la définition de Transparency International : « Un conflit d'intérêts naît d'une situation dans laquelle une personne employée par un organisme public ou privé possède, à titre privé, des intérêts qui pourraient influer ou paraître influer sur la manière dont elle s'acquitte de ses fonctions et des responsabilités qui lui ont été confiées par cet organisme ». (Service central de prévention de la corruption, Rapport 2004).

Les conflits d’intérêt sont traqués par les entreprises, notamment anglo-saxonnes, qui font souvent signer des engagements écrits de déclaration de conflit d’intérêt : un époux travaillant chez un client ou un sous traitant par exemple. C’est une base importante de l’éthique dans la réalisation de son travail. Le scandale actuel des médicaments a illustré un mal français ( ?) de manque de transparence dans les relations entre laboratoires et médecins. La loi obligeant les médecins à déclarer leurs conflits date de 2002, le décret d’application date lui de 2007… Pour mieux comprendre les implications des conflits d’intérêts je vous invite à regarder une présentation des « Rencontres Prescrire » datant de 2008 sur cette loi justement lien ici

Le médecin est un prescripteur, combien de prescripteurs vous entourent dans votre entourage d’acheteur : chef d’atelier, ingénieur, utilisateurs des produits,….tout autant de sources à ne pas négliger lorsque son travail est en jeu. J’ai récemment échangé avec un fournisseur désarmé qui après avoir été retenu dans le cadre d’un appel d’offres, se trouvait rejeté par les utilisateurs du produit dans les ateliers. Il ne comprenait pas et, pourtant, tout avait été mis en œuvre par l’acheteur (tout aussi désarmé) au préalable : des essais notamment, qui avaient été concluant. Les conflits d’intérêts peuvent être à l’origine de ses problèmes, les petites habitudes, ou les cadeaux, les conflits d’intérêts sont très difficiles à mettre à jour, si la direction de l’entreprise n’impose pas une attitude claire. On peut toujours critiquer la naïveté qui se cache dans la signature d’une déclaration écrite, mais n’est il pas plus naïf encore que de compter sur l’éthique personnelle ?

Martin Hirsch a brisé un tabou en écrivant son ouvrage, et en mettant sur la place publique ce sujet si important des conflits d’intérêts dans la sphère politique. C’est bien la transparence qui transforme les démocraties en grande démocratie. Travailler le sujet des conflits d’intérêts dans les entreprises est rarement entrepris et pourtant, il donnerait toute sa place et son sens à l’importance de l’éthique dans son travail.

jeudi 23 décembre 2010

Meilleurs voeux !

A tous mes fidèles lecteurs, de joyeuses fêtes de fin d’année et une belle année 2011!
REGALOS DE NAVIDAD

L’année écoulée a vu l’écho grandissant des préoccupations environnementales et sociales des acheteurs et des consommateurs.

Les ventes de produits bio et équitables ne connaissent pas la crise, et les achats responsables sont une réalité dans de plus en plus nombreuses organisations publiques ou privées. Je continuerai à m’en faire l’écho tout au long de 2011.
Un grand moment 2010 de mon coté a été l’animation d’une journée dédiés aux achats responsables le 18 novembre dernier à Metz. Des intervenants de grande qualité et un auditoire trié sur le volet, ont fait de cette journée une véritable réussite. Les témoignages filmés sont disponibles ici

J’anime également un groupe « achats durables » sur LinkedIn, avec le même objectif, faire des achats durables et responsables une réalité, n’hésitez pas à me rejoindre.

A l’année prochaine !

jeudi 9 décembre 2010

Sport et développement durable, deux événements, deux modèles.

Nous avons appris la semaine dernière que le Qatar était donc sélectionné pour organiser la coupe de monde de foot en 2022. C’est purement incompréhensible, et ceci à tous les niveaux, y compris au niveau du soutien apporté par Yan Arthus Bertrand à ce projet Qatar 2022. Les dépenses, donc les achats induis par cette coupe du monde peuvent ils être responsables ? difficile à imager, et voici pourquoi :

Pour la construction des infrastructures : Extrait du rapport de Septembre 2009, sur les Droits de l’Homme d’Alkarama (équivalent d’Amnesty pour le Moyen Orient). « Trois quarts de la population du Qatar sont des travailleurs immigrés en provenance du Pakistan, de l'Inde, du Népal, du Bangladesh, des Philippines, de l'Indonésie, mais aussi du Soudan, de l'Egypte et de la Syrie, etc. Le plus grand nombre travaille dans le secteur de la construction. Les conditions de travail sont très difficiles. Les candidats doivent au préalable verser une somme au recruteur pour lequel ils s’engagent à travailler environ un an pour pouvoir rembourser l'emprunt contracté. Ils disposent de contrats de travail de trois ans.(7) Ils sont, de par le système de parrainage instauré, à la merci de leurs employeurs, dont certains les exploitent, les menacent de détention, les sous-paient, leur confisquent leurs documents de voyages, les privent de leur salaire, leur interdisent de démissionner ou de changer de travail et de quitter le pays sans autorisation, etc. Ces travailleurs vivent dans des conditions d’hébergement déplorables et ne bénéficient pas d’une couverture sociale adéquate. »

Pour le développement durable :

-Une consommation d’énergie démesurée ne serait ce que pour réfrigérer tous les stades. C’est juste incroyable.

-Des consommations d'eau qui seront à la démesure de cet évènement, à l'heure où tant d'hommes et de femmes en manque justement,

-Les déplacements des équipes et des supporters qui ne se feront que par avion, et qui ne seront surement pas compensés par la présence rapprochée des stades une fois arrivé.

Pour l'éthique :Les soupçons de corruption dans cette organisation sont importants (relevés par la BBC très récemment) et une rumeur très largement reprise mais invérifiable circule sur le montant que Zidane aurait reçu pour défendre cette candidature : 15 millions de $.... c’est loin de toute éthique, base de la RSE.
Que dire du soutien de Yan Arthus Bertrand ? il défend son point de vue ici mais l’ensemble reste vraiment hors de toute logique.

Heureusement, Londres nous montre un chemin beaucoup plus positif avec l’organisation des JO. Le « Sourcing Code » est juste et complet (il est disponible ici ) et démontre que l’on peut sans rougir aimer le sport et avoir un réel positionnement éthique et environnemental. A lire sans modération.

mercredi 1 décembre 2010

Les achats durables à l'honneur : Trophée Pollutec Catégorie « Management et initiatives pour le développement durable »

"La SNCF reçoit le Prix « Management des achats durables » pour le déploiement de sa politique d'achats durables et solidaires à long terme. Initiée en 2008 par la Direction des Achats, la démarche implique de nombreux acteurs en interne depuis le niveau central jusqu'à la maille locale, avec des outils pour piloter la conduite du changement, valoriser les bonnes pratiques et capitaliser les retours d'expérience."

C'est probablement une des seules directions des achats durables, travaillant en lien étroit avec la direction des achats. Son directeur Olivier Menuet est un infatigable orateur sans doute pour beaucoup dans le succès de cette démarche très pratique de cette nouvelle approche des achats au sein de la SNCF.
Il est de plus en plus question des achats durables, très, trop souvent, limités à des chartes éthiques vertueuses mais encore sans lien avec les performances attendues des acheteurs : recherche d'économies à tout prix...

lundi 11 octobre 2010

« Sous traitance : sus aux abus. » Les pratiques achats sous la loupe.

Lu dans le magazine l’Entreprise d’Octobre 2010. « Appel d’offres avec des prix irréalisables, désengagement brutal du donneur d’ordre, contrat commerciaux léonins… Jean Claude Vollot, le médiateur de la sous traitance nommé en avril dernier a listé une quarantaine de mauvaises pratiques. La pratique des « stocks de consignation » par exemple : elle consiste à laisser la responsabilité financière du stock le plus longtemps possible chez le fournisseur et permet au client de contourner habilement la loi LME en matière de délais de paiement. « ces pratiques conduisent à un écrasement de la marge et conjuguées à la crise, elles ont entrainé la défaillance de nombreux PME », déplore Jean Claude Volot.
Aussi le rapport qu’il a remis au ministre de l’Industrie, Christian Estrosi, préconise de mieux faire appliquer les textes en vigueur et de renforcer la protection des sous traitants.
Parmi les pistes suggérées : « l’établissement d’un contrat écrit équilibré ou, par défaut, l’application de clauses types communes à négocier par filière. » ».

Son action est plus détaillée dans l’article suivant " Etats généraux de l'Industrie - J-Cl. Volot" disponible ici

La seule limite de cette action est qu’elle est française, alors que les acheteurs sont internationaux, au mieux européens, alors dans ces conditions comment s’appliqueront les recommandations ?

jeudi 16 septembre 2010

Décisions Durables : Transport et émissions carbonées

Mon dernier article est en parution ce mois ci dans le magazine Décisions Durables. La rubrique achats n'est pas passée inaperçue, voyez plutôt :

Lu sur Cdurable.info : Décisions durables N°4 - SEPTEMBRE 2010 Mobilité, la fin d’une époque.jeudi 16 septembre 2010 - Posté par David Naulin, Cdurable.
"Ce mois-ci, Décisions durables consacre un dossier spécial aux véhicules électriques. Propre, silencieuse, économe, autonome et rapide juste ce qu’il faut… la voiture électrique, encore très discrète il y a à peine 5 ans, retient aujourd’hui l’attention des grands constructeurs automobiles. Suivez le guide ! Le magazine du management durable propose également une grande enquête à Strasbourg. La capitale alsacienne, pionnière des transports alternatifs et de l’« intermodalité », peine à réduire le trafic automobile et la pollution atmosphérique. Les pouvoirs publics persévèrent dans leur recherche de nouvelles solutions. Lisez aussi l’interview de Geneviève Ferone. La directrice du développement durable de Veolia environnement évoque la création d’une 3e voie entrepreneuriale, entre business conventionnel et non-profit. Enfin la rubrique "achats" revient sur l’acheminement des produits, et la prise en compte d’un troisième critère devant s’ajouter à ceux de la rapidité et du coût : les émissions de carbone.

Edito : Bougez plus, pensez mieux ! Par Alain Grumberg, rédacteur en chef de Décisions durables
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"La mobilité est un des enjeux majeurs du développement durable parce que la vie ne saurait s’en passer. Tout bouge sur cette planète où les lieux de fabrication des marchandises, les lieux de vacances, les lieux de travail sont souvent éloignés (tout est question d’échelle) des lieux de consommation et de résidence. Se déplacer, transporter, acheminer, voyager... tout ceci n’est évidemment pas anodin à l’heure où le réchauffement climatique nous menace. Chacun de nous par ses activités professionnelles et personnelles laisse une empreinte et, à sa façon, contribue à produire des gaz à effets de serre. Bien loin de nous la volonté de culpabiliser. Dans ce 4ème numéro, nous avons voulu sensibiliser nos lecteurs au fait que chaque moment de l’entreprise, de la collectivité territoriale ou de toute autre organisation a une incidence sur notre environnement : moyens de transports utilisés pour parvenir et partir de son lieu de travail, achats, production, consommation d’eau et sources d’énergies, emballages. La prise en compte de tous ces éléments est complexe mais le développement durable, qui impose une approche transversale - voire circulaire - de nos activités est à ce prix. Lisez donc l’interview de Geneviève Ferone, directrice du développement durable de Veolia. En filigrane, elle dit :
que la construction d’une troisième voie, fondée en partie sur des valeurs plus durables, sera laborieuse (au sens d’efforts à produire) et se fera lentement. Le temps est une donnée incontournable. les crises ne sont que le reflet de sociétés qui n’ont pas su évoluer harmonieusement.
que l’innovation, tant prônée par le géant de l’environnement, repose sur une autre forme de mobilité... intelligente et créative.
Bougez plus vos cellules ! Pensez mieux. une des marques de l’intelligence est, à mes yeux, la capacité de porter un regard décentré sur l’existant pour le transformer, l’améliorer et ainsi contribuer à un meilleur toujours en chantier."
Numéro disponible en kiosque depuis le 16 septembre au prix de 5,90 € ou par abonnement sur le site du magazine en cliquant ici

mercredi 18 août 2010

L'éthique au coeur des achats

Une affaire de corruption chez Apple, au sein même des achats : Extrait de l'article de latribune.fr : "Un cadre d'Apple a été inculpé pour avoir reçu des pots-de-vin de six fabricants asiatiques. Paul Shin Devine, un des responsables des achats (global supply manager) d'Apple, a été inculpé et incarcéré en Californie pour avoir reçu des pots-de-vin de six fabricants asiatiques (...).
Ce cadre de 37 ans, qui travaillait depuis 2005 chez Apple, est accusé d'avoir donné aux fournisseurs des informations confidentielles afin de les aider à décrocher des contrats dans des conditions favorables. En retour, il recevait des pots-de-vin qu'il touchait en liquide lors de ses voyages, ou qui étaient envoyés sur plusieurs comptes ouverts en Asie, notamment au nom de sa femme, en sommes suffisamment faibles pour ne pas attirer l'attention. Il partageait l'argent avec Andrew Ang, employé de Jin Li, qui est aussi cité dans l'inculpation.(...) Apple a ensuite enquêté sur lui, et découvert le pot aux roses en examinant les courriers électroniques échangés avec les fournisseurs depuis les boîtes aux lettres personnelles de Paul Shin Devine sur Hotmail et Gmail. Il utilisait des noms de code, comme par exemple "échantillon" pour désigner les pots-de-vin.Paul Shin Devine est poursuivi au pénal notamment pour "fraude" et "blanchiment" suite à une enquête du fisc américain et du FBI, mais aussi au civil par Apple, qui l'accuse d'avoir reçu plus de 1 million de dollars de pots-de-vin sur plusieurs années."

Il ne suffit pas, on le voit, de mettre en place et de faire signer des engagements de bonnes conduites, il faut également se donner les moyens de pouvoir veiller à leur application comme ici précisément. Le "code of conduct" d'Apple est en ligne ici mais ne semble pas avoir dissuadé les fournisseurs de le violer au risque de tout perdre. ll sera intéressant de suivre les conséquences que vivront les fournisseurs concernés, qui ont licencié le personnel concerné immédiatement semble t il.
Sans aller très loin, n'oublions pas que la corruption est autour de nous, et qu'elle est quasiment impossible à débusquer car elle est souvent discrète et intégrée à de trop nombreuses approches commerciales. L'intérêt privé peut alors prendre le pas sur l'intérêt général de l'entreprise. Réduire les tentations, c'est bien sûr instaurer la "peur du gendarme", avec des engagements signés par exemple, mais c'est aussi, et surtout, un positionnement éthique d'entreprise au plus haut niveau, avec un principe d'exemplarité parfait, et des employés bien dans leur poste, respectés et reconnus dans leurs engagements et leurs efforts.
L’éthique est un sujet difficile, et passionnant, car il renvoi à notre propre histoire, nos valeurs et nos croyances, ainsi qu'à notre capacité à appliquer une ligne de conduite constante en toute circonstance.

mercredi 23 juin 2010

Achats Durables, le nouveau frisson

Nous assistons à une révolution dans les services achats de toutes les grandes entreprises depuis quelques temps. Cette révolution reste discrète mais va transformer les achats, et les acheteurs en profondeurs. Avant d’être austère et sérieuse, la fonction achat a connu une période de grands frissons, dans les années 80, années fastes. Les réductions de prix, les avantages, cadeaux, et autres étaient toujours au rendez vous d’une négociation. Mais le grand frisson a progressivement disparu et les réductions s’arrachent au prix d’échanges de plus en plus douloureux avec les fournisseurs : la réduction du sacro saint panel, les achats lointains plus connu sous l’acronyme des LCC*, une qualité douteuse parfois, des marchés vendus au prix de la seul matière parfois. Nous avons de bons acheteur-soldats, qui sont, pour certains, de plus en plus déchirés entre les exigences de leur poste, leur sensibilité, et la réalité des difficultés rencontrés par les fournisseurs. Il y a une déconnexion complète entre les décisions, leur résultat et leurs effets directs ou secondaires…Impossible de ne pas trouver de corrélation entre les politiques d’achats des entreprises et la désindustrialisation de nos pays dits HCC, High Cost Country, trop cher quoi.

Ces nouvelles démarches pionnières d’achats responsables vont faire bouger les lignes des négociations classiques. Il n’est plus question de répéter à l’envi à tous ces fournisseurs qu’ils sont « trop chers », mais de réfléchir sereinement à ses propres attentes d’une relation avec le fournisseur. Ils sont précieux pour l’entreprise et sources de développement de performances.

Si vous devez acheter du bois exotique, une approche simple consiste à rechercher des bois exotiques sans plus de questions. Près de 40 % des bois exotiques en France sont d’origines illégales (source WWF), alors acheter sans plus se poser de question c’est prendre le risque d’acheter un produit précieux, coupé illégalement, dans des conditions humaines difficiles, etc…

Une deuxième approche est de rechercher des bois exotiques certifiés (FSC par exemple), qui ne proviennent pas de coupes illégales. Mais ce bois va tout de même parcourir la moitié du globe pour parvenir à bon port. Le positionnement écologique a le mérite d’être plus clair (au transport prés).

Une troisième approche plus durable, ou responsable, pour ce même bois, va plutôt consister à se pencher, avec les utilisateurs, sur l’utilisation finale du produit. L’acheteur pourra alors chercher, et proposer des alternatives locales, crédibles et rentables qui ne manquent plus, comme les bois d’acacia par exemple. Car pourquoi acheter du bois exotique quand le besoin consiste en un bois imputrescible seulement ? Toutefois, ces nouvelles filières se « méritent », il faut apprendre le développement durable, il faut questionner, chercher, persévérer. Et, le nouveau frisson est là. La connaissance aiguise toujours l’appétit de mieux faire. Alors subir ou entreprendre ?

Nous avons pu voir un reportage** il y a quelques semaine, sur les ravages de la déforestation sur l’ile de Sumatra par les papetiers était assez éloquente à ce titre. L’acheteur de Carrefour Asie interviewé semblait bien connaitre la situation de l’île, et notamment de la disparition de la jungle et des tigres. Remet-il en question son positionnement ou son sourcing ? Non, pas au moment du reportage, car pour lui, cette déforestation et la disparition des tigres étaient inéluctables. Un des papetiers mis en cause dans ce reportage : Asia Pulp & Paper (APP) est un fournisseur important de l’enseigne Carrefour en Asie. Après ce reportage, j’ai voulu en savoir plus sur APP, et une simple recherche a abouti sur l’enseigne Staples, le géant des fournitures de bureau américain, qui a stoppé toute relation depuis 2008 avec APP, à cause de ses possibles implications dans cette déforestation massive. 2 organisations achats, et 2 positionnements. L’une sur un mode d’achat traditionnel pensant devoir subir les impacts environnementaux directs sans pouvoir influencer, et l’autre déjà sur un nouveau mode : en connexion avec les enjeux environnementaux, et conscient des impacts désastreux sur leur image.

Entreprendre dans le domaine des achats responsables, positionne les organisations sur un mode volontaire, et positif face à tous ses nouveaux enjeux. Les hommes et les femmes qui composent les rangs de plus en plus nombreux des acheteurs, vont pouvoir cesser cette schizophrénie si particulière qui consiste à cacher ses sensibilités propres de citoyen et d’humain conscient de ses impacts, pour mener à bien, contre ses mêmes principes, cette fonction clé de l’entreprise : acheteur. Il est permis de mieux faire, alors allons y !

  • LCC Low Cost Country
    • La vengeance du tigre. Un reportage de Guillaume Martin et Cyril Payen agence Keepshooting.

Article rédigé par Sandrine Grumberg et publié dans Décisions Durables N°3.

jeudi 27 mai 2010

Un monde parfait : 80% des entreprises choisissent des fournisseurs sur des critères RSE !

Cette information est reprise sur le site du Medef (lien ici ) et concerne bien évidemment les entreprises du CAC 40.
La référence est une étude menée par Orse en 2009, (lien de l’étude ici ).
A lire le compte rendu de l’étude, le monde parfait qui nous entoure, et les grandes entreprises qui le remplissent indiquent que « 80 % des entreprises déclarent juger leurs fournisseurs sur des critères RSE, le plus souvent à l’aide d’un questionnaire d’auto évaluation. 85 % des entreprises ont introduit des clauses RSE dans leurs contrats et certaines entreprises industrielles exigent également une certification. 60 % des entreprises ont engagé un programme d’audits fournisseurs. Plus de la moitié des entreprises publient un indicateur chiffré de mesure de la performance de leurs politiques d’achats et 60 % s’engagent sur des objectifs annuels ou pluriannuels ».
planet_paper.jpg J’aimerai y croire, mais au-delà des chiffres, les achats responsables sont encore très loin d’être une réalité pour l’ensemble des entreprises.
Quelques mots sur la réalisation de l’étude pour bien comprendre l’origine de ces chiffres : elle a été réalisée sur la base des publications environnementales de ces grandes sociétés. Les données datent de 2008, car la plupart des rapports 2009 ne sont pas encore accessibles. Cette étude s’est entièrement basée sur la lecture des communications et non sur un audit, ce qui explique évidemment les excellents chiffres mentionnés au début de cet article.

Ces publications sont le fruit d’une obligation de la loi NRE qui oblige, depuis 2004, les sociétés cotées à publier leurs actions en matière de RSE (Responsabilité Sociale de l’Entreprise).Les sociétés ont peiné à publier leurs rapports les premières années, mais elles ont rapidement compris l’importance et la puissance de cette communication auprès du grand public, et des investisseurs. La lecture des rapports est importante car ils démontrent tout de même l’intérêt porté à la RSE, ou au moins à sa partie environnementale, et les initiatives sont variées et vraiment pleine d'intérêts.
Les critères servant à sélectionner les offres, et les fournisseurs se limitent très souvent leur engagement dans la certification ISO 14001, et dans la lutte contre le travail des enfants dans les pays à bas coûts. Les achats durables, ou responsables, n’en sont qu’à leur enfance, ils grandiront vite, car l’éthique et l’environnement sont les prochaines vraies révolutions à venir.

lundi 3 mai 2010

Les enchères inversées toujours et encore

On les croyait disparues, mais, non, elles sont encore vivantes. Ariba a publié en début d’année, un papier « When did auction become a bad word ? » (Littéralement quand les enchères sont-elles devenues un gros mot ?) pour parler, assez bien d’ailleurs, de cette pratique. Mais à sa lecture, on se dit que les temps doivent être durs pour les vendeurs de ces soft informatiques.
Je n’ai, de mon coté, jamais ni compris, ni apprécié les enchères inversées, ou reverse auction. A leur apparition, dans le milieu des années 90, j’ai pu assister à des expérimentations ratées auprès de collègues qui s’étaient portés volontaires. J’ai le souvenir particulier d’une enchère lancée sur des dizaines de références de joints mousses, sur les base de plans et de spécifications alors habituelles. L’effervescence du groupe suivant les prix baissant en direct, et un fournisseur qui sort vainqueur, un « challenger » n’ayant aucune expérience avec notre entreprise. Bien sur, l’expérience a été un fiasco, et lorsque les audits et les mauvais débuts des relations techniques ont cassé l’accord passé, c’est sans gloire, que les fournisseurs historiques ont été recontactés.

Ariba voit 4 points qui expliquent la réticence des acheteurs et des sociétés envers cette pratique :

1. Parce qu’ils les ont vécu en tant que fournisseur

2. Le processus impersonnel gomme des années de relationnel

3. Ils n’ont jamais été capables d’implémenter l’ensemble des économies réelles ou potentielles de précédents projets similaires

4. Ils sont inquiets car si des économies se dégagent c’est leur action passée d’acheteur qui sera remise en cause par leur hiérarchie.

Plutôt bien vu, et je vous laisse méditer le passage suivant : «est ce que les enchères sont une course au meilleur prix ? bien sur ! Mais les enchères ne sont pas que cela, et les fournisseurs peuvent se distinguer eux même de leur compétition en offrant des biens de hautes qualité de service et de support ».

Ce n’est pas pour rien, si le législateur français à statué en 2005 (article 51 L. 442-10) sur ces pratiques en doublant le délai de rupture de relation commerciale, en imposant la transparence, pour résumer, en définissant des règles de bonnes conduites. Ces règles n’existent pas à l’échelle européenne ou mondiale, me semble t il, ce n’est donc qu’en France, que les fournisseurs peuvent être protégés de dérives.

C’est 6 pages dans La Lettre des Achats du mois de mai consacrées aux enchères, avec 10 recommandations, dont la dernière est la plus savoureuse « Encourager les perdants » pour "entretenir la relation".
Dans cette enquête, la seule utilisation intéressante qui est notée (selon moi...) : pour recréer une dynamique de concurrence là où un nombre réduit de fournisseurs avait conduit à des relations commerciales faussées.

On y apprend que c’est les « fournisseurs sont eux-mêmes à l’origine de dérives » (Lettre des Achats n°183 p 45) dont « baisse de la qualité et de la capacité d’innovation, hausse des coûts de contractualisation… ». Renversant !
Je n'ai trouvé aucune trace d'éthique, de relations durables, donc d'achats durables ou responsables, dans ces pages, ni dans toutes les pages internet consultées d'ailleurs. Sans surprise.

La seule information manquante a l'enquête de la Lettre concerne les coûts d’une enchère inversée, en effet, le recours à une enchère signifie d’une part le choix d’une suite de logicielle en SAAS (location de soft), mais aussi la formation, l’assistance. Quelques milliers d'euros ? dizaine de milliers ? Sont ils sélectionnés eux aussi par enchères inversés ? Sont ils prêts à le faire ? Comment gèrent ils alors le conflit d'intérêt de la procédure ? J’aurais aimé savoir ce que représentent les enchères inversées d’une part dans les structures de chiffres d’affaires de toutes les sociétés (gros coup de pub au passage…) et d’autre part le nombre de consultants dédiés.

Il ne faut pas se tromper, l’enchère est une technique violente, qui arrache à un prix élevé de douloureuses réductions de prix. Mais c’est aussi un business. Et ce volet là, n’est jamais traité.

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