A découvrir ce mois ci dans le magazine « l’entreprise », un portrait
assez peu flatteur, mais pour le coup très réaliste des acheteurs (en page
68-69). « Les acheteurs deviennent des tyrans » et pourtant cette
profession reste dans l’ombre médiatique malgré toute son influence sur
l’économie. Par quel mystère ?
Malgré sa
« professionnalisation » les acheteurs ont plutôt un profil d’homme
de l’ombre, un peu comme le comptable ou le responsable qualité. Les dirigeants
assument leurs stratégies, mais sont très rarement questionnés sur leurs
achats, et sur l’éthique qui les commandent. Et même si les acheteurs ont
rarement un intéressement sur l’économie réalisée, c’est bien la réduction des
prix qui reste le cœur même de l’activité de l’acheteur.
Les exemples choisis dans l’article sont parlants. Les acheteurs imposent
les contrats, et le vendeur négocie rarement ses conditions générales de vente
(CGV), sauf s’il travaille dans une entreprise d’une taille équivalente à celle
de l’acheteur. Je défends l’idée de Conditions Générales d’Achats (CGA) pour
les entreprises de toutes tailles car les CGV sont souvent excessives, mais on
voit désormais des CGA excessives à leur tour. On se trouve sur de nombreuses
pages de jargon juridique compliqué qui renvoient souvent à des tribunaux
américains ou anglais en cas de litige. Le jargon est d’ailleurs souvent en
anglais d’ailleurs... Dans l’article, un entrepreneur avait pris la peine de le
soumettre à son avocat qui avait émis des réserves sur une grande partie du
document, mais en vain car le contrat était à prendre ou à laisser. C’est
pourtant, d’après la loi, art. L.441-6 du code de commerce, les CGV qui
prévalent sur les CGA en cas de non accord. Mais quel fournisseur poursuivra
son client, même potentiel ?
L’article mentionne également les ruptures brutales de relations établies,
avec ou sans contrat d’ailleurs. La loi protège les fournisseurs des caprices
d’organisations achats. L’arrêt des relations commerciales s’accompagnent car
elles peuvent avoir des répercutions dramatiques, et des poursuites sont
envisageables, même si la encore la « raison business» l’emportera sur la
loi. Il semblerait tout de même que les procès soient en hausses.
En résumé, l’image n’est pas flatteuse, et il serait bon que toutes les directions d’achats soient un peu plus exposées au grand public, et détaillent un peu plus leurs stratégies. Mais rassurons-nous, toutes les grandes entreprises s’engagent une à une dans RSE (Responsabilité Sociale de l’Entreprise), nulle doute qu’elles se feront fort de ré-éduquer toutes leurs organisations achats.
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