De plus en plus de discussion autour de la définition des achats durables,
et toujours aussi peu d’actions concrètes dans les entreprises. Le prix reste
toujours le moteur de décision des acheteurs.
Dans les communications sur la sémantique (tellement française!), il semble
que le responsable l’emporterait sur le durable, mais l’achat solidaire est en
embuscade, et l’éthique un peu en retrait. Le vrai risque de trop définir est
de perdre l’essence même de l’approche, qui est purement un accès à la
traçabilité de chaque produit acheté, en utilisant pour cela des outils qui
aujourd’hui manquent ou restent inconnus des acheteurs dans les entreprises.
Combien d’acheteur savent, en effet, décrypter les pictogrammes indiqués sur
les emballages des feuilles A4 de la photocopieuse? Faites l’expérience, c’est
édifiant. Bref, un peu à la française, la dialectique l’emportera sur le
pratique. Dans le reste du monde, on parle de Sustainable Sourcing, c’est tout,
c’est simple.
C’est bien, l’ensemble des achats qui doit être questionné, et profondément
remis en cause. Responsable ? Alors donc le reste serait irresponsable,
moins de 17 % des achats sont dits durables ou responsables lorsque les
entreprises sont interrogées. Les acheteurs sont donc majoritairement
irresponsables ? Difficile à croire, ils appliquent les politiques
définies par leurs dirigeants, et donnent ce qu’il leur est demandé, alors ce
sont les chefs d’entreprises qui sont irresponsables ? Non, vraiment je ne
comprends pas cette notion moralisante. Les achats durables sont plus clairs
dans leur lien avec l’homme et l’environnement. Et il y a du travail, nous ne
sommes qu’au début de l’histoire, et il serait vraiment dommage de, déjà,
transformer cette révolution en simple discussion marketing sur l’étiquetage
durable ou responsable. Les directions d’achats restent à distance du
changement à venir dans les achats car elles sont toujours dans la réduction
des prix, faussement appelée réduction des couts, car si les comptes étaient
bien faits dans les entreprises, la réduction des couts passeraient forcement
par plus d’écologie.
Lu dans Le Monde il y a peu, «
les voyageurs encore frileux face
aux éco-labels »
, et un article qui détaille les raisons économiques
ayant poussé un hôtelier vers le durable : réduction des consommations de
savons, déchets divisés par deux, réduction de la consommation d’eau, etc… et
pourtant, la journaliste s’étonne de ne pas voir les prix augmenter, pourquoi
les prix devraient augmenter ? non, les maintenir c’est bien, c’est même
assez justifié vu les économies. L’investissement que constitue une
certification est un investissement dans l’entreprise qui sera plus ou moins
important selon la taille de l’entreprise et le type de certification choisie.
Mais c’est un investissement, un projet d’entreprise qui sera porteur de
développement, ce n’est pas un poids. Si les hôteliers réussissent à calculer
des économies nettes, pourquoi pas dans les entreprises ? c’est un peu
mystérieux, mais finalement pas tant que cela. Les achats sont organisés par
catégorie, ou famille de produit. Celui qui achète l’électricité n’est pas
celui qui est chargé d’en contrôler sa consommation. Autrement dit, l’acheteur
est chargé de négocier les meilleurs conditions pour l’achat de l’électricité,
et il le fera au mieux, mais dans le même temps, la production peut laisser des
équipements en route en permanence pour gagner du temps de redémarrage le matin
ou le lundi, et ceci sans ce demander combien cela coute en consommation. Les
économies sont pourtant bien là, dans la consommation. La puissance des achats
durables existe dés lors que les acheteurs deviennent comptables des actions
menant à la recherche de réduction des consommations. Pourquoi chercher à
acheter moins cher, quand il faut acheter mieux ?



J’aimerai y croire, mais au-delà des chiffres, les achats responsables sont
encore très loin d’être une réalité pour l’ensemble des entreprises.
