Il n’existe aucun chiffres publics sur l’influence des politiques d’achats des
entreprises sur la création ou la délocalisation d’entreprise dans notre pays,
ni d’ailleurs en Europe. Il n’existe d’ailleurs tout simplement aucun chiffre
sur les politiques d’achats en France. Les seules informations qui concernent
les achats sous leur forme la plus connue de consommateurs, vous et moi, mais
rien sur les acheteurs d’entreprises, qui décident pourtant quotidiennement de
l’attribution de marchés. La croissance est basée sur la consommation, donc sur
les achats, et le drame est que les politiques d’achats ne comptent pas dans la
croissance. Les achats sont pourtant désormais au cœur de la plupart des
modèles économiques de notre pays.
Les acheteurs n’intéressent pas les médias, la fonction est mal traitée,
subie pourrait on dire d’ailleurs, il n’y a qu’à s’intéresser un peu au monde
des achats pour en constater l’autarcie. Il y a des fonctions comme celle là
qui pourtant devrait mobiliser un plus grand intérêt de la part du grand
public.
Quelques chiffres pourtant, les dépenses des entreprises représentent plus
de 60 à70 % de leur chiffre d’affaires. On est loin, des 40 à 50 % qu’ils
représentaient il y a encore 30 ans. Entre temps, un monde nouveau est apparu,
le monde élargie, globalisé, et on s’est mis à acheter moins cher de plus en
plus loin, sans aucune préoccupation des impacts de ces décisions sur le social
ou l’environnemental. Et puis on s’est dit que finalement « faire
faire » était moins cher que « faire », et l’externalisation a
commencé.
Il n’y a pourtant aucune fatalité à cet état de fait, il suffirait de rendre
public les politiques et stratégies d’achats des grands groupes dans les
rapports annuels au même titre que, désormais, les stratégies
environnementales. En rendant public ses informations, la prise de conscience
des impacts seraient alors bien plus simple à comprendre et à consolider. Les
aides à la relocalisation existent, mais c’est la relocalisation des dépenses
des entreprises qui conduira à la relocalisation naturelle des entreprises en
France et en Europe.
L’automobile a été, et reste un fort marqueur de l’entreprise en France,
mais que sait on vraiment des politiques d’achats des fabricants, d’où viennent
les véhicules ? les composants ?
La Chine et son influence sur le reste du monde n’est que le résultat de nos
décisions, et notre acceptation.
Le commerce joue une carte importante aussi. Nous sommes un pays de
tourisme, mais les dépenses profitent surtout aux grossistes qui achètent
massivement, par exemple, des « souvenirs français » en Chine. J’ai
été frappé à New York d’avoir pu acheter une statue de la liberté, un petit
souvenir « made in USA », en revanche, à Paris, les souvenirs sont
« made in China », quel intérêt d’acheter un objet a été produit aussi
loin ? Est ce que l’on ne devrait accepter de payer un peu plus cher (peut
être, ce n’est même pas sur…) pour produire localement et redonner un sens à la
consommation justement.
Les opportunités de production sont pourtant tout autour de nous, dans le
rayon des marques qui fonctionnent bien à l’étranger, « Pylônes », ces
drôles d’objets très colorés et beaux, les boutiques ouvrent partout même très
loin, et patatras, ils sont tous faits en Chine, quel dommage, et les prix
n’ont rien à voir avec du bas de gamme… juste une opportunité de faire loin et
pas cher, pour vendre à bon prix et sécuriser des profits confortables. L’ours
offert par Mme Merkel lors de la naissance est une marque qui marche en
Allemagne, mais aussi partout en Europe, il s’agit de Steiff, ah oui, c’est
« made in Germany »…
Il semble que certains candidats à l’élection veulent punir les licenciements boursiers, je vois bien pour Fralib/Lipton, mais un peu plus difficilement pour les sous traitants obligés de suivre les donneurs d’ordres là où ils le souhaitent. Regardons de plus prés les achats des grands groupes et des marques, il y a là des gisements importants de relocalisation d’emplois!


